Lacrymos contre petits papiers : récit de la marche pour la libération des Bouillons

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La marche de libération des Bouillons a dû faire face aux matraques et aux lacrymogènes pour obtenir le droit d’accéder aux clôtures posées par les futurs propriétaires. Récit de la journée.

Les futurs propriétaire des Bouillons ont depuis une semaine largement montré leur compréhension limitée de la permaculture qu’ils prétendent vouloir pratiquer. Expulsion par la force du collectif qui a préservé la vocation agricole du site et y portait un projet, puis installation de tranchées, grillages, caméras, vigiles et chiens d’attaque. Cerise sur le gâteau, la mise en ligne d’une vidéo bouffonne à visée autopromotionnelle alors que l’expulsion était en cours.

Afin de manifester notre indignation, nous avons décidé l’organisation d’une marche de libération des Bouillons, afin de nous rendre en cortège accrocher de petits messages sur les clôtures des Bouillons, le dimanche matin suivant l’expulsion.

Malgré l’horaire et la pluie, nous étions près de 300 personnes à nous réunir devant le marché de la place St Marc. Après un arrêt devant les locaux de la fédération locale du Parti socialiste pour dénoncer sa participation active à l’élaboration et la réalisation du scénario d’expulsion de notre collectif, nous avons fixé notre banderole « Etat-PS-Safer-Auchan complices du rapt de la ferme des Bouillons » face à l’Hôtel de Ville puis entamé l’ascension vers Mont-Saint-Aignan.

Bouillons marche liberation fédé PS. Photo : Robin Letellier Bouillons marche libération parapluies. Photo : Sigrid Daune

 

 

 

 

 

 

ascension 01 Bouillons marche liberation napoleon. Photo : Robin Letellier

 

 

 

 

 

 

 

Après plus de deux heures de marche, nous nous voyons stoppés par une ligne de policiers. Nous qui réclamions en vain une protection policière depuis notre installation sur le camp provisoire, nous voilà servis.

Arrivée marche libération Bouillons. Phot : Sigrid Daune Bouillons marche liberation arrivee. Photo : Robin Letellier

 

 

 

 

 

 

 

Une explication s’engage avec le commissaire de police, qui nous empêche l’accès à un chemin communal pour y mener une action symbolique et non-violente. « Nous avons été victimes de diffamation, vous nous accusez de protéger des voleurs », se plaint le représentant de l’ordre. « C’est précisément ce que vous faites » lui répondent les manifestants (voir la vidéo ici). Des chansons fusent devant le cordon de police : « Mégard, voleurs, les citoyens sont là » et « Liberté d’expression ». L’arrivée d’un groupe d’hommes et de femmes torses nus, sur lesquels est inscrit « Paysan-ne sans terre » fait perdre les nerfs aux policiers, qui repoussent les manifestants à coups de matraques et jets de gaz lacrymogène, blessant plusieurs marcheurs.

Bouillons marche libération commissaire. Photo : Sigrid DauneBouillons marche libération mains en l air

 

 

 

 

 

 

Bouillons marche libération lacrymo. Photo : Sigrid DauneBouillons marche liberation barrage police charge. Photo : Robin Letellier

 

 

 

 

 

chant

 

 

Aveuglés par leurs propres gaz, les policiers reculent. Pour faire retomber la pression, une chorale entonne la nouvelle chanson des Bouillons à l’entrée du chemin communal (vidéo ici). Sous la pression des militants agitant leurs messages écrits sur de petits bouts de papier de couleur, nous obtenons en partie satisfaction : une délégation de vingt personnes, dont les percussionnistes, est autorisée à se rendre face au grillage pour y accrocher les nombreux mots reçus par notre collectif.

Bouillons marche libération messages couleurs. Photo : Sigrid Daune Bouillons marche libération chant. Photo : Sigrid Daune

 

 

 

 

 

 

 

Bouillons marche liberation delegation. Photo : Robin LetellierBouillons marche libération barrage police carton. Photo : Sigrid Daune

 

 

 

 

 

 

 

Bouillons marche liberation police delegation. Photo : Robin LetellierLes arrogants frères Mégard nous attendent, campés sur le terrain. Baptiste, le porteur du projet sans expérience, nous toise dans sa tenue d’agriculteur toute neuve, sous laquelle il a oublié d’enlever sa chemise. Les futurs propriétaires filment les membres de la délégation, viennent au bord de la clôture les narguer avec une joie malsaine et guettent celui dont les nerfs lâchera et les mots dépasseront la pensée. Ignoble.

 

Bouillons marche liberation Megard messagesBouillons marche libération megard cotte chemise

 

 

 

 

 

 

 

C’est accompagnés de percussionnistes que les membres de la délégation accrochent les messages avant de regagner les autres manifestants. Les prises de parole qui s’ensuivent critiquent amèrement la collusion du Parti Socialiste avec la FNSEA et les Mulliez, instigateurs de cette affaire sordide, et l’imbécilité des ordres donnés aux forces de l’ordre, qui ont matraqué et gazé des manifestants pacifiques, pour rien. L’emploi sans discernement de la force publique, payée et équipée au moyen de l’impôt, pour appuyer les intérêts d’une richissime famille qui pratique de manière notoire l’optimisation et l’évasion fiscale aura été ce jour encore un sujet de scandale. Un clown « frère Mégard » viendra toutefois rééquilibrer un peu les débats.

Clôture message cloture messages large

 

 

 

 

 

Bouillons marche libération harangue Bouillons marche libération clown Mégard. Photo : Sigrid Daune

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’album photo de la journée par la photographe Sigrid Daune est ici.

Voici ci-dessous un texte, librement adapté du Cid de Corneille, que nous a envoyé un participant à l’issue de cette marche.

UNE MARCHE, DES COUPS, DESMOTS

(librement inspiré du Cid de Corneille)

Ils partirent deux cent cinquante de la Place Saint-Marc; mais par une méchante pluie
Ils se virent cent en arrivant aux Bouillons.
Tant, à les voir marcher avec un tel visage *, la police fit barrage.
Le chemin public leur étant interdit; ils chantèrent pour rester polis.
Sur les nouveaux propriétaires et leurs champs de carnage où triomphe la mort. *
La police ne l’entendit pas de cette oreille (non, l’autre !)
Et sans crier gare envoya bouclier, gaz et matraques.
Pleurant tous ensemble de stupeur, ils restèrent d’humeur musicale
et le passage, comme par magie, s’en trouva rétabli.

Ô rage ! ô désespoir ! *
Ils souhaitaient juste déposer des mots aux frères Mégard
Pour clamer leur droit sur la ferme des Bouillons
Œuvre de tant de jours en un jour effacée ! *

* extraits du Cid Acte 1, Scène 4 et Acte 4, Scène 3

 

 

Un commentaire

  • Jacques Félix

    Bel article complet sur cette marche de protestation à laquelle, malheureusement je n’ai pu participer sinon au départ sous la pluie! Félicitation à toutes et tous pour leur courage et détermination et leur… sang-froid malgré les gaz lacrymogènes!

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