Historique

130418-pas-de-projet-pas-de-demolitionL’occupation

de la ferme des Bouillons

Consultez également la chronologie détaillée de l’occupation.

L’Association Bouillons, Terres d’Avenir a été créée en décembre 2012, à l’origine sous le nom d’Association Pour la Protection de la Ferme des Bouillons (APFB), pour alerter l’opinion publique et les élus de Mont-Saint-Aignan et de la Communauté d’Agglomération Rouen Elbeuf-Austreberthe (CREA, aujourd’hui Métropole Rouen Normandie) sur l’infondé de la démolition imminente de la ferme des Bouillons par le groupe Auchan.

Pour l’APFB, la démolition sans projet de cette ferme péri-urbaine allait dans le sens contraire des attentes sociétales et des déclarations publiques sur l’avenir de l’agriculture. Les 4 hectares de la ferme, situés en bordure de Mont-Saint-Aignan et à seulement dix minutes du centre-ville de Rouen, devaient participer à un redéploiement ambitieux de l’agriculture périurbaine de qualité et des filières courtes, pourvoyeuse d’emploi, de lien social et d’aménités environnementales.

1405 Journée paysanne champ 04 Ferme des BouillonsLa première action de l’APFB a été l’occupation de la ferme, qui aura duré deux ans et demi, de décembre 2012 à août 2015. Entre chantiers participatifs de maraîchage, « Bouillons de culture », festivals « La Tambouille » et conférences-débats, l’APFB a fait revivre la ferme et amplifié le débat et la prise de conscience sur l’avenir des terres agricoles périurbaines et les circuits courts alimentaires, tout en mobilisant la population pour la préservation de la ferme.

Mouvement citoyen créatif, joyeux et laborieux, « Les Bouillons » ont rapidement obtenu, grâce à un travail d’argumentation et dans un souci de non-violence toujours salué, la sympathie des citoyens et le soutien de la majorité des groupes politiques locaux. Grâce à ce soutien et au dialogue avec le conseil municipal de la commune, l’association a obtenu le 23 janvier 2014 une modification du Plan Local d’Urbanisme, consacrant la Ferme des Bouillons « Zone Naturelle Protégée ». Le permis de démolir détenu par Immochan a quant à lui pris fin le 27 juillet de cette année. A cette date, Auchan ne pouvait plus ni construire, ni démolir.

festival la tambouille - ferme des bouillons - septembre 2014Ces premiers succès n’ont pas signifié la fin de l’occupation. Déterminés à pérenniser les activités développées sur le lieu et à en préserver le caractère ouvert acquis lors de l’occupation, les membres de l’APFB se sont fixés en assemblée générale un nouvel objectif : parvenir à un rachat citoyen de la ferme et à une gestion coopérative de celle-ci. Pour encadrer le travail des bénévoles durant la phase de transition, l’association embauche un animateur-maraîcher, puis un petit marché hebdomadaire ouvre ses portes, proposant les légumes produits sur place, ainsi que des fruits, jus et produits laitiers produits par des agriculteurs bios des plateaux de Rouen.

Après avoir présenté publiquement notre projet, en mars 2015, puis obtenu le soutien du mouvement Terre de Liens pour opérer le rachat collectif de la ferme, nous nous apprêtions à livrer notre dernier combat – obtenir d’Immochan la cession de la ferme – lorsque le rêve prenait brutalement fin. Fin juillet 2017, la Confédération paysanne 76 nous apprend que la ferme a été discrètement vendue à une société pour la modique somme de 150 000 €. Indignation et branle-bas de combat : les militants et soutiens affluent pour préparer la riposte, qui ne tarde pas.

Le 29 juillet, nous mettons le préfet devant ses responsabilités. Toute vente de ferme passe en effet devant la SAFER, organisme professionnel s’assurant, sous le contrôle de l’Etat, de la régularité des transactions de foncier agricole au regard des objectifs qui lui sont assignés par la loi. Au vu du projet développé sur place et de la forte implantation de notre mouvement sur le territoire rouennais, le préfet et la SAFER doivent préempter la ferme pour étudier équitablement les mérites du dossier du repreneur et du nôtre, et décider en transparence à qui doit revenir la ferme.

Manifestation devant la Safer pour la préemption de la ferme des Bouillons

Devant le barouf suscité par l’affaire, les repreneurs se dévoilent et font le tour des médias locaux pour raconter leur histoire. Une petite musique se fait entendre : « les zadistes ont eu ce qu’ils voulaient, maintenant ils doivent partir ». Pourtant, tout sonne faux dans les propos maladroits de ces étranges amoureux de la nature en chemises coûteuses et immaculées. Ils se proclament passionnés de permaculture, et se réclament de la célèbre ferme du Bec-Hellouin, mais celle-ci dément aussitôt les avoir accueillis en formation. Le plus jeune frère a un diplôme d’ingénieur agronome, mais il a suivi les enseignements de management et a effectué son mémoire de fin d’études sur l’optimisation du chiffre d’affaires d’un rayon de jardinerie… Le malaise croit encore lorsque nous apprenons par Ras L’Front que ces deux frères sont connus localement pour leur implication dans divers mouvements réactionnaires, de la Manif pour tous à la promotion des propos d’auteurs attisant le rejet des « étrangers ». Immochan avait trouvé sa revanche contre un mouvement qui ne l’avait pas épargné.

Au coeur de l’été, nous multiplions les manifestations pour faire entendre notre demande de préemption. La Métropole et la Région prennent position et demandent un traitement équitable entre les projets en concurrence. Mais les dés étaient pipés, et nous ne le savions pas. Alors que nous sommes rassemblés devant la SAFER pour demander à être reçus (ce qui ne nous sera jamais accordé), celle-ci annonce, un mois avant l’expiration du délai légal, sa décision de ne pas préempter. Et, dans un mécanisme parfaitement réglé, une centaine de policiers investissent la ferme le lendemain, en expulsent les habitants sans que ceux-ci résistent et y installent dans la foulée les nouveaux propriétaires. Quelques centaines de soutiens se massent devant la ferme pour témoigner leur indignation et aider les occupants à rassembler leurs affaires. Un camp provisoire se tiendra trois jours sur le champ enserré dans la sortie de rocade, le temps de quelques trop courts allers-retours pour récupérer du matériel, qui sera expulsé à son tour. Entre-temps, une manifestation aura été violemment réprimée par la police devant la ferme, et une journaliste du Monde aura révélé que toute l’affaire avait été ficelée entre Immochan et l’Etat dans les salons feutrés de la préfecture, éléments de langage « bio contre bio » inclus.

Un chapitre se refermait pour notre association, pour la ferme et pour tout le territoire rouennais, désormais privé de l’énergie et de l’imagination qui avait irradié des Bouillons pendant deux ans et demi.

Ferme des Bouillons Festival la Tambouille 2014 Foule. Photo : automédia Bouillons

Un commentaire

  • DE tout coeur avec vous ….vous gagnerez car tous les mafieux prédateurs RECULENT ds ce monde saturé de conneries ! ..BELLE ET HEUREUSE ANNEE 2015 …qu’elle soit Lunineuse et elle le sera …ds la victoire. Je pense à vous.

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