L’Association Bouillons, Terre d’Avenir demande la rétrocession de la ferme des Bouillons à la Safer

Le collectif citoyen qui s’était opposé à la démolition par le groupe Auchan de la ferme des Bouillons à Mont-Saint-Aignan, près de Rouen, avait obtenu de la municipalité le reclassement du site en Zone Naturelle Protégée. La demande de préemption faite à la Safer ayant été refusée, le collectif a été expulsé de la ferme en août 2015 malgré son offre de rachat au moyen de l’épargne citoyenne.

La ferme avait alors été cédée par Immochan – foncière du groupe Auchan – à la SCI In Memoriam. L’Association de Protection de la Ferme des Bouillons -APFB, aujourd’hui « Bouillons, Terres d’Avenir »- avait à cette occasion exprimé ses plus vives inquiétudes quant à l’avenir du site, étant donné la proximité des nouveaux acquéreurs avec le groupe Auchan et leur absence de qualifications pour mener à bien un projet de maraîchage biologique et d’accueil pédagogique. Elle avait par ailleurs dénoncé le prix de vente, 150 000 €, très inférieur au marché foncier local.

Pour apaiser les légitimes inquiétudes des citoyens, la Safer, intervenant dans l’acte de vente, y avait fait ajouter un cahier des charges, supposé garantir la vocation agricole du site pendant vingt-cinq ans.

Depuis août 2015, les Bouillons ont relevé de nombreux manquements aux engagements des nouveaux propriétaires, ainsi qu’aux obligations liées au statut de Zone Naturelle Protégée du site. Or, l’insertion de ce cahier des charges a été présentée aux citoyens comme la garantie ultime de la sauvegarde et de la préservation – dans son intégrité agricole – de la ferme des Bouillons. Pire, une irrégularité glissée dans le contrat de vente, avalisée par le cahier des charges élaboré par la Safer, permet à la SCI In Memoriam de scinder la ferme en deux zones distinctes : champs et bâtiments d’exploitation d’un côté, zone résidentielle « de caractère » de l’autre.

Constatant le non-respect manifeste du cahier des charges adossé par la Safer à l’acte de vente, l’association Bouillons, Terres d’Avenir exige la rétrocession immédiate de la ferme des Bouillons à la Safer, ainsi que la SCI In Memoriam s’y était engagée lors de la conclusion de la vente.

L’association a sollicité par courriers recommandés la préfecture, la Safer et la municipalité pour leur faire part des irrégularités et illégalités constatées relevant de leur compétences et responsabilités. En l’absence d’actes forts visant à faire cesser ces irrégularités, nous ferons à nouveau appel à la mobilisation de nos adhérents, sympathisants et partenaires associatifs, syndicaux et politiques, afin que la société civile pèse de tout son poids pour faire respecter la vocation agricole et naturelle de la ferme des Bouillons.

Retrouvez ici l’ensemble des irrégularités constatées par l’association « Bouillons, Terres d’Avenir », et leurs conséquences (cliquer sur les liens) :

Conclusion

La préservation de la ferme des Bouillons a été possible grâce à une importante mobilisation citoyenne créative et exemplaire. Le refus de préempter la ferme par la Safer et la préfecture a été vécu par tous comme un déni de démocratie, et sa prise de possession par les Mégard comme un « vol » appuyé par les pouvoirs publics, au détriment d’un projet collectif légitime, qui aurait apporté une véritable plus-value pour toute la métropole.

Malgré les nombreuses alertes sur le profil discutable et l’absence de compétences agricoles -spécifiques en production maraîchère- des nouveaux acquéreurs, le scénario ficelé d’avance par le groupe Auchan et la préfecture aura été mené jusqu’à son terme. Le temps faisant son œuvre, chacun est aujourd’hui à même de juger de l’intégrité des différents acteurs dans cette affaire.

Depuis, Romain Pavot, qui devait s’installer sur la moitié de la surface agricole des Bouillons en cas de rachat collectif, est devenu « paysan sans terre ». Après avoir travaillé comme maraîcher bio pendant six ans, sous le statut précaire de « cotisant solidaire », le non-renouvellement de son bail précaire l’a contraint à abandonner son activité et sa clientèle. Il est toujours en recherche de terres, malgré les engagements publics pris par la Safer, lors de la vente des Bouillons aux Mégard, à lui faire des propositions sérieuses correspondant à ses attentes, formulées à plusieurs reprises en leurs bureaux, et de nature à pouvoir lui permettre d’accéder, enfin, au statut de chef d’exploitation dans des conditions pérennes d’activités.

Et pendant ce temps, à la ferme des Bouillons, rien, ou presque. Les Mégard avaient annoncé sous forme de vidéo sur les réseaux sociaux, une ouverture officielle « au printemps 2016 ». Quelles réalisations, depuis août 2015 ?

Tout le monde a encore en mémoire l’arrivée des Mégard aux Bouillons en août 2015, le matin même de l’expulsion, alors que des militants de l’association des Bouillons étaient encore présents sur la ferme. Les pick-ups et les 4×4, les vigiles et les chiens, la clôture, les tranchées, les projecteurs, les caméras de surveillance qui s’installaient à l’abri des dix-sept fourgons de CRS. Une fois maîtres des lieux, ils se sont empressés de faire disparaître toute trace de la présence de l’association, brûlant le mobilier, repeignant de peinture blanche les fresques qui ornaient les poulaillers.

Et depuis ? Depuis rien, ou presque : une croix de plusieurs mètres de haut dans le jardin de la maison, sur fond de drapeaux français et normands. Une pelouse régulièrement et soigneusement tondue. Trois poules, et quelques oies pour agrémenter la propriété (sic). Un champ laissé à l’abandon, puis nettoyé à la pelleteuse. La serre agricole laissée pourrir tout l’hiver, ainsi que les buttes de permaculture de l’association saccagées sans laisser à ses créateurs la possibilité de récupérer ni récoltes, ni matériel. Le chien de chasse promené en 4×4 sur la prairie d’en face. Des arbres plantés ici et là, dont la taille particulière évoque davantage Versailles qu’une ferme maraîchère. La prairie creusée d’étranges tranchées, et la précieuse terre agricole en tas le long des parcelles.

Ce que l’on voit surtout aujourd’hui, c’est que la ferme sert de décharge pour les déchets verts générés par l’entreprise paysagère familiale des Mégard, Oeuvre d’arbres, en violation du classement du site en Zone Naturelle Protégée et au mépris du cahier des charges.

Quant aux « Bouillons » (les vrais), ils organisaient les 14 et 15 mai une 2ème « Faîtes du Printemps », sur l’éco-lieu les Sabots d’Hélène, à Ecouis (27). Une belle fête, qui intervenait 9 mois après l’expulsion. Quatre cent personnes environ sont venues, qui répondent à l’appel quand les Bouillons mobilisent. Sur toutes les lèvres, « on se croirait revenus aux Bouillons », « les graines de Bouillons ont bien levé ».
Semés aux quatre vents, les membres de l’association continuent d’échanger, d’imaginer, de construire. Leur rassemblement, ce week-end là, a rendu manifeste que l’expulsion n’a rien enlevé au dynamisme de l’association. Ce que résume à sa manière un militant :

« La brutalité avec laquelle nous avons été traités ne nous a en rien alourdis de colère ou de ressentiment. Elle n’a atteint ni notre créativité, ni la complicité et la solidarité qui nous lient, ni notre détermination à changer le monde et les rapports humains, en commençant par ici, et maintenant. Ce week-end, nous avons appris que notre joie collective est intacte. Qu’entremêlée de tristesse, elle sait aussi être plus profonde et plus grave. »

La détermination de l’association à préserver la vocation agricole et d’accueil de l’intégralité de la ferme des Bouillons est intacte. Fidèle à ses modes d’actions pacifistes et citoyens, l’Association « Bouillons, Terres d’Avenir » a sollicité par courriers recommandés la préfecture, la Safer et la municipalité pour leur faire part des irrégularités et illégalités constatées relevant de leur compétences et responsabilités. La Métropole Rouen Normandie, en charge du du Schéma de Cohérence Territoriale, a également été alertée.

En l’absence de réponse de leur part, et d’actes forts visant à faire cesser ces irrégularités au plus vite, nous ferons à nouveau appel à la mobilisation de nos adhérents, sympathisants et partenaires associatifs, syndicaux et politiques, afin que la société civile pèse de tout son poids pour faire respecter la vocation agricole et naturelle de la ferme des Bouillons.

On reste ferme(s) !

2 commentaires

  • Les Mégard ont dressé une croix… mais ils n’ont ni lu , ni parcouru l’encyclique « Laudato Si  » .
    Nous voyons des engins de chantiers entrer dans ce lieu devenu si triste. Ils ont planté les arbres en avril…pour des passionnés du végétal . Leur saule pleureur est mort bien vite. Ils plantent des bambous (? moi, je ne prétends pas m’y connaitre dans le domaine du végétal) le long de leur grande clôture pour que personne ne puisse constater les dégats qu’ils produisent.
    Où sont passés les arbres que les enfants ont planté? Où est-passée la bibliothèque?

    La terre est un bien commun, selon François , éveque de Rome, et nous en faisons partie.

    Nous sommes la nature qui se défend.

  • Sylvie Burgot

    Merci pour ce beau travail qui donne de l’espoir, malgré l’actualité nationale et internationale plutôt désespérantes. Je suis ça seulement de loin, étant à Orléans, mais ça fait du bien quand même.

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