« Quand les friches se transforment en potagers urbains » (Ouest France, 6 novembre 2018)

Coincées entre les rues Brush et John. R aux maisons en ruines, les parcelles de la Michigan Urban Farming Initiative (Mufi) ont un air coquet, presque guilleret. Mais totalement anachronique dans cet environnement délabré, aux portes du centre-ville.
« Notre Agri-Campus, c’est 12 000 m2 dont le tiers est occupé par le jardin potager, explique Tyson Gersh, le fondateur. Nous sommes tous des bénévoles ; nous produisons des légumes depuis 2012. La récolte est donnée aux gens dans le besoin. Avant, ici, il y avait une petite HLM et quelques maisons. Tout est tombé en ruines et a été rasé. La municipalité nous a prêté les terrains. »

Près de 1 600 jardins
Le jardin de la Mufi n’est que l’un des 1 547 jardins recensés à Detroit par l’association Keep Growing Detroit (KGD). « 865 jardins familiaux, 440 jardins communautaires, 136 jardins d’école et 106 fermes à vocation commerciale », énumère Ashley Atkison, la codirectrice de KGD.
Dans le Downtown, ce coeur de ville prétendument revitalisé, le minuscule « Lafayette Greens » a, lui, des airs de récif de verdure. Sue Hudnut distribue les tâches : ratisser, désherber, cueillir, couper. « Je gère ce jardin et je coordonne tout le volontariat pour l’association The Greening of Detroit qui s’occupe de la reforestation de la ville depuis 1990. »
« Le phénomène n’est pas nouveau. Il y a toujours eu des jardins de ville à Detroit, rappelle la chercheuse Kami Pothukuchi. Dès 1890, des parcelles inoccupées ont été attribuées à des chômeurs. Plus récemment, en 1975, dans le cadre du programme Farm-A-Lot, 525 terrains ont été loués pour des activités agricoles. »
Mais les crises économiques ont vidé Detroit de ses résidents. 78 000 maisons ont été abandonnées dont 40 000 ont été rasées. Le nombre de terrains désaffectés a explosé depuis 2004, 36 000 ayant alors été recensés.
« La Detroit Land Bank Authority (la DLBA) gérait, en janvier, 96 740 propriétés foncières désaffectées et saisies par la Ville », précise Danell Adams, le fonctionnaire municipal qui supervise ce triste patrimoine.
Certes, 12 000 ont été revendues depuis 2014 par la DLBA mais « à des prix dérisoires qui font les affaires de quelques promoteurs et investisseurs, s’indigne Electra, la présidente de l’association Mufi. Nous, on attend depuis 2012 que la municipalité daigne nous donner le titre de propriété de ce terrain transformé en jardin et qui nourrit les indigents. On ne demande pas plus. »
En outre, le succès de la Mufi suscite des vocations. Kami Pothukuchi a calculé que les aspirants agriculteurs urbains auraient besoin de 9 000 parcelles (près de 350 ha), « soit le dixième de ce que gère le DBLA. La municipalité doit admettre que le redéveloppement de Detroit passera par l’agriculture urbaine » et pas seulement par la spéculation foncière.

P. CH.

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