Lettre ouverte aux pompiers : Abandon des poursuites contre Mathieu « Lutin » !

lutin-toit-expulsion

Trois ans après l’expulsion des Bouillons, l’acharnement judiciaire continue. Après avoir été lourdement condamné en appel, notre ami Mathieu « Lutin » sera à nouveau jugé mardi, au civil, pour les faits survenus lors de l’expulsion.

Plusieurs associations, syndicats et collectifs publient aujourd’hui une lettre ouverte aux pompiers demandant la fin des poursuites contre Lutin, et appellent à venir en nombre mardi pour le soutenir dans cette nouvelle épreuve : rendez-vous mardi 24 avril à 9h devant le Palais de Justice de Rouen.

La lettre ouverte aux pompiers du SDIS est téléchargeable en PDF en cliquant ici, et reproduite ci-dessous.

Nous lançons un appel à signature de cette lettre ouverte. Si vous souhaitez vous y associer, à titre individuel ou au nom de votre association, syndicat ou collectif, envoyez-nous un mail à fermedesbouillons@riseup.net

Vous pouvez également soutenir Lutin au moyen de la cagnotte en ligne.

Premiers signataires : Association Bouillons, Terres d’Avenir, Confédération Paysanne 76, Collectif La Tambouille, Les Amis de Mathieu, Les Amis de la Confédération Paysanne Haute-Normandie.

 

Abandon des poursuites

contre Mathieu Auger,

occupant des Bouillons !

 

Mesdames et Messieurs les pompiers du Service Départemental d’Incendie et de Secours de Seine-Maritime,

 

La ferme des Bouillons a été sauvée. Le projet immobilier du groupe Auchan ne pourra plus se faire à cet endroit, et c’est plus largement l’ensemble de la zone agricole du Bel-Event qui est ainsi préservée au bénéfice des habitants du territoire et des générations futures. Au-delà des 4 hectares ainsi sauvés, la mobilisation pour cette ferme a été un formidable moyen pour les citoyens d’exprimer aux décideurs la nécessité et l’urgence de préserver nos terres agricoles.

Cette issue positive, nous la devons à l’ampleur du mouvement citoyen qui s’est mobilisé de façon pacifique, créative et généreuse. Nous la devons aussi au conseil municipal de Mont-Saint-Aignan qui a su écouter la demande de la société et finalement modifier son Plan Local d’Urbanisme pour reclasser les parcelles des Bouillons en Zone Naturelle Protégée. Cette issue, nous la devons tout particulièrement à celles et ceux qui se sont relayés pour défendre et faire vivre le lieu, ces personnes qui méritaient mieux que la brutalité et le mépris avec lequel ils ont été écartés de ce qui restera « leur » ferme.

Ce mouvement citoyen proposait de racheter la ferme au moyen d’une souscription publique, afin de pérenniser l’émulation provoquée par son occupation et y installer légalement une activité agricole, pédagogique et culturelle. M. Valls, alors premier ministre, a pourtant choisi d’ignorer les citoyens et de mettre tous les moyens de la République au service des propriétaires d’Auchan, la richissime famille Mulliez – dont on connaît par ailleurs le soin qu’elle porte à échapper par tous les moyens à l’impôt. Et par un joli matin d’août, sourd aux protestations qui s’étaient élevées avec vigueur au milieu de la torpeur estivale, la préfecture envoyait les forces de l’ordre expulser les occupants des Bouillons.

Malgré l’injustice criante de la situation, les militants des Bouillons n’ont pas dévié de leur ligne de conduite radicalement non-violente. Ils n’ont opposé aucune résistance à l’action des forces de l’ordre et se sont laissés entraîner par le chemin, pour ne jamais plus revenir.

Lors de cette expulsion, voulant gagner du temps, un militant parmi les plus impliqués sur la ferme a eu un geste malheureux. Monté sur un toit pour retarder les forces de l’ordre, Mathieu Auger a bousculé l’échelle qu’un pompier du SDIS avait posée contre la gouttière pour venir l’interpeller, et celui-ci a glissé. Conscient du danger qu’il venait de lui faire courir, Mathieu s’est ensuite laissé saisir sans résistance par le pompier remis de sa glissade, et s’est excusé auprès de lui. Ce dernier l’a assuré ne pas lui en tenir rigueur.

Peu de temps après, pourtant, le SDIS portait plainte. Pour couvrir sa propre responsabilité ? Deux ans et demi plus tard, nous ne comprenons toujours pas comment le SDIS a pu faire intervenir l’un de ses agents sans le moindre dispositif de sécurité, et encore moins comment il a pu confier cette expulsion à un agent qui était blessé au genou.

Mathieu était condamné à quatre mois de prison avec sursis et 150 heures de travaux d’intérêt général, assortis d’une amende de 800 €. Il n’a pas fui sa responsabilité durant l’audience, et il en a accepté la sentence. Le parquet se faisait alors l’agent du gouvernement dans son approche répressive des mouvements sociaux, en faisant appel du jugement. Forte d’un rapport d’experts à charge contre Mathieu, la Cour d’Appel le reconnaissait contre toute vraisemblance responsable de la blessure du pompier L., et le condamnait à 12 mois de prison avec sursis et 240 heures de travaux d’intérêt général, complétés d’une sidérante amende de 16 840 € à verser au SDIS, et 2 000 € au pompier pour le préjudice subi.

Malgré le soutien et la mobilisation d’un nombre de personnes de plus en plus important, Mathieu a mal vécu cet acharnement de l’État et du SDIS. Après bientôt trois ans de procédures, c’est maintenant au civil qu’il est convoqué. Les demandes extravagantes de la partie civile – plus de 150 000 € – l’ont profondément affecté, et il voit désormais s’ouvrir devant lui la perspective d’une vie de dettes.

 

L’honneur des pompiers, c’est d’aider et sauver des gens, ce n’est pas de détruire une personne. Mathieu a suffisamment traîné le poids de ce regrettable incident, et il vous appartient de ne pas ajouter à son fardeau. Nous vous demandons de façon solennelle de retirer votre plainte.

 

Avec tout le respect que nous voulons toujours avoir pour votre mission et pour l’humanisme qui en est le socle,

 

Rouen, le 23 avril 2018

Association Bouillons, Terres d’Avenir

Collectif La Tambouille

Les Amis de Mathieu

Confédération Paysanne 76

Les Amis de la Conf’ Haute-Normandie

12 commentaires

  • Tessier Marie-Charlotte

    Une vie de dette est une servitude. Soutien à Mathieu qui ne fuit pas ses responsabilités. N’encourageons pas la délinquance, aidons les résistances civiles.

  • hebert elisabeth

    Courage Mathieu. Militer est un métier a risques… qui ne rapporte pas d’argent mais fait avancer de belles causes. Garde le moral et la tête haute. Elisabeth

  • jean carpentier

    Bien sûr que je signe cette lettre (plutôt 2 fois qu’une !) en soutien de Mathieu…
    J’espère que les pompiers sauront se montrer à l’écoute, ce serait la moindre des choses, il me semble.
    Ne lâchons rien, bien entendu !
    A bientôt, peut être…

  • Si le SDIS semble interessé par l’argent. C’est peut-être pour rembourser le camion renversé en allant sur une intervention à la centrale de Paluel il y a 2 ans.

  • Je t’assure de mon soutien, mais tu le sais déjà. Je suis certaine que tu parviendras à surmonter cette épreuve. Tu as prouvé ton courage et ta détermination. Ils ne t’auront pas. Ils pourront toujours essayer, mais n’atteindront pas ta liberté de penser.

  • Triste pour ces personnes qui ont défendu la ferme des bouillons. La justice aurait peut être des dossiers plus urgents a traiter …

  • Je pensais que les Pompiers étaient Humains ,c’est scandaleux de profiter de ce qui s’est passé ,une glissade sans conséquences graves ,pour s’attaquer de la sorte à un citoyen . J’ai Honte pour les Pompiers ils ne laissent pas une belle image ,eux qui revendiquent par des mouvements des moyens et des hommes aux différents gouvernements . Je suis vraiment déçu qu’ils n’aient pas de Grandeur d’Âme.

  • lolivier Gilbert

    certains magistrats et certains fonctionnaires exercent leur autorité au nom d’idée éculées des hiérarchies, les pompiers doivent en faire partie, et deviendraient une caste particulière à Rouen ? merci Mathieu de ta résistance, compte sur notre soutien

  • Courage

  • Le 24 avril, la jeunesse de l’avocat de Mathieu a fait que cette affaire a été traitée à 12h30 alors que nous y étions nombreux à 9h. Le président ne retrouvait plus ses notes pour rappeler les faits, c’est donc l' »adversaire » (comme les avocats se nomment entre eux) qui a rappelé à sa manière les faits. Nous avons donc subit les vols de cartes bleus, les roulades en voiture sur le pied, les vols de marque
    Nous noteront avec émerveillement que Lutin était assis à côté des deux soeurs renversées dans leur voiture par la porshe d’un papa qui la laissait conduire à son fils bourré .
    L’une des soeurs a dû remettre en cause sa formation de MARAICHERE qui luit tenait à coeur…
    L’avocat a signalé une COQUILLE
    127813€ lui était réclamé au lieu du chiffre réel de 12781€ et 30 cts
    Pendant près d’un an Lutin s’est imaginé devoir payé cela?
    Ce n’est pas une coquille Monsieur L’avocat, madame l’adversaire, Monsieur le Président,
    c’est UN VICE DE PROCEDURE
    cela entraine la nullité , l’exclusion

    LUTIN n’

  • Véronique Duarte

    Continue de t’accrocher Matthieu à un toit ou a ton envie de vivre dans un monde plus respectueux de l’environnement et de l’humain.

    Le syndicat des pompiers est il au courant ?? je doute qu’il apprécie la façon de faire

  • La loi, respectons la loi qui stipule et ordonne:
    Une personne, qui défend le bien et autrui, peu importe le résultat de ses actes, cette personne là, ne peut être condamner.
    Je ne demande rien de plus que le respect de la loi.

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